[Témoignage] La naissance de mon enfant dans mon salon…–AAD

A ma petite luciole d’amour…

La nuit a été courte,

Entrecoupée de nombreux réveils.

En cette fin de grossesse, je suis habituée. Malgré la fatigue, j’aime cette communication qui nous relie. Je ne me lasse pas des petits coups que tu plantes dans mon ventre, aussi surprenants puissent-ils être.
Cette nuit c’était un peu différent. De légères douleurs, comme des petites crampes ont ponctué ma nuit après que tu m’aies présenté ta danse nocturne quotidienne.

 

Nous sommes vendredi, le 30 mars 2018.

Ta naissance est théoriquement prévue le 10 avril, date très symbolique pour moi puisque ce jour là nous fêterons nos 10 ans d’amour avec ton papa.
Ces sensations nouvelles me font penser que tu vas peut-être arriver bientôt…

Demain, les copines doivent venir à la maison, histoire de fêter la grossesse, une sorte de « baby shower ». Je suis ravie et excitée à cette idée. Je vais faire le grand ménage dans la maison.

 

Les petites douleurs de la nuit ont anarchiquement continué durant la journée.

J’en parle à Virginie et à Julia, les sage-femmes qui nous ont accompagnés durant la grossesse et à qui nous avons demandé d’accompagner ta naissance à la maison. Leur présence dans notre petite ville est une chance extraordinaire pour nous. Non seulement, la naissance à la maison est envisageable grâce à elles, mais en plus le courant passe super bien entre elles et nous. Ce sont “des perles”. On leur confie cette mission en toute confiance.

Au départ j’avais plutôt imaginé ta naissance en « plateau technique », un compromis entre la naissance à la maison et en maternité, une naissance toute naturelle avec Julia et/ou Virginie mais au sein de la maternité.
Quoi qu’il en soit, mon but est que ta venue au monde se fasse le plus naturellement possible. Le recours à la médicalisation ne se fera qu’en cas de réel besoin.

Ces dernières semaines, j’ai changé de plan.

 

En totale confiance et tout naturellement, mon projet s’est transformé en accouchement à domicile.

Nico, ton papa en est très heureux, c’est ce qu’il espère depuis le début !

 

Pourquoi ce changement ?

Je me sens extrêmement bien dans notre maison, notre nid douillet, que l’on a mis beaucoup d’amour à rénover depuis plusieurs années, en espérant ta venue.
Aussi, je pré-sens qu’un départ en voiture en plein travail sera difficile. De plus je n’ai pas envie de séjourner à la maternité et je ne me vois pas non plus te promener en siège-auto à quelques heures de vie.

Nous habitons à 5 minutes de la maternité. Je suis sereine. Si les choses ne se déroulent pas bien, nous y serons vite.

 

18h30:

J’ai briqué toute la maison, me suis épilée à la cire, des orteils aux fesses (!!!). Je m’octroie un peu de repos sur le canapé.

Ton papa rentre du travail (il s’est permis une petite session de kayak après sa journée de boulot, mais ça je ne le saurai que deux jours plus tard!!).
Je lui dis que je sens que quelque-chose se trame, d’autant que cette dernière heure, ça s’est légèrement intensifié. Il me répond qu’il va jouer un peu de musique. « Mmmmh, tu devrais peut-être revoir tes priorités. »
Je crois qu’il a compris…

 

Il improvise une « danse de pré-naissance », tout excité !

Il faut dire que c’est un papa très informé sur la naissance, nous avons lu des bouquins, des récits de naissance, et nous avons regardé plusieurs reportages sur l’accouchement à la maison. Un papa particulièrement investi dans la grossesse et la naissance de son enfant, donc !

Bon, il me fait bien rire quand même avec sa danse, j’imagine que tu ne vas pas arriver si vite ! Peut-être demain, ou dimanche. Oh zut, demain c’est ma baby shower, et puis c’est l’anniversaire de Virginie, ses 40 ans. Elle ne pourra pas être présente si j’accouche demain.

 

19h30 : Aïe, mes « crampes » deviennent douloureuses et se répètent souvent.

Et si c’étaient des contractions ?

Je comprends vite que oui, ce sont bien des contractions, et elles sont en train de s’intensifier soudainement…
Ton papa note leur fréquence. Elles sont rapprochées : toutes les 3-4 minutes environ. Par contre, je les ressens assez courtes. Julia au téléphone déclare qu’elles doivent se rallonger. OK…

Je prends une douche, mais la position debout m’est inconfortable. Je commence à me blottir contre le gros ballon. Je vais sur les toilettes. Je tente le canapé. C’est douloureux et je ne trouve pas de position qui me soit confortable.

J’ai peur.

Ton papa tire les rideaux, va chercher du bois pour le feu, me glisse des mots réconfortants. Il allume des bougies. Il s’affaire à préparer le salon pour t’accueillir dans les meilleures conditions possibles.

J’ai peur car j’ai déjà mal et pourtant ça ne vient que de commencer… J’ai peur de ne pas y arriver, si cela s’intensifie tout au long de la nuit, je ne vais pas y arriver… C’est ce sentiment de peur qui règne en moi…

 

Je pense à toi, très fort. Je te dis à quel point je t’aime et j’ai hâte de te rencontrer.

Nico rappelle Julia. Je comprends qu’elle va venir. Et selon l’avancée du travail, Virginie viendra à son tour.

A présent, ma voix ne peut s’empêcher de résonner à chaque contraction. Cela m’aide à les laisser passer. Je ne cesse de me répéter « je m’ouvre, je suis ouverte, je laisse passer, je suis relâchée, j’accepte ces vagues qui m’emportent, c’est mon bébé qui arrive… » mais je trouve cela extrêmement difficile de ne pas me crisper.

J’ai peur. J’ai mal.
Je me sens égoïste, centrée sur ma douleur physique. Je suis déçue de ne pas parvenir à me concentrer sur toi et le bonheur de te voir naître…

Entre deux contractions, je me promets qu’à la prochaine, je sortirai de mon corps et je l’observerai d’au-dessus. Je n’y parviens pas, malgré l’état second dans lequel je constate que je suis.
Je m’assoupis quand la vague est passée. Puis, avec l’impression que j’ai fermé les yeux une seule seconde, l’intense douleur est de retour pour m’habiter durant une longue minute.

J’ai peur, je le dis à Nico. « Il a confiance en moi. Il m’aime. Julia arrive. » Ses mots me font du bien.

Soudainement, je me rends compte que Julia est là, à côté de moi. Je ne l’ai pas entendue arriver. Je devais sommeiller… Je suis contente qu’elle soit là. Je lui confie ma peur. Ses gestes et ses mots me rassurent.
Elle me demande si je souhaite qu’elle examine mon col. Oui. Mais je crains le pire. Ce n’est que le début…

 

« 7 centimètres Fanny. C’est super, tu as fait le plus dur. »

Whaaaaaaaat ?
Je ne m’y attendais pas du tout ! Je redoutais une annonce du genre « deux centimètres Fanny, ça commence à s’ouvrir. »

Il doit être environ 21h.
Wooooow c’est allé très vite !

Je profite d’une inter-contraction pour jubiler intérieurement.

Je reprends un peu confiance. Je ne réalise pas vraiment que tu es en train de naître mais je me laisse porter par cette situation que j’ai la sensation étrange de connaître…
J’y ai tellement pensé à cette naissance. Tu es tellement attendue. Je t’aime déjà avec tant d’intensité, mon bébé.

Je suis en train d’accoucher. Tu es en train de naître.

Un grand feu festoie dans la cheminée. Les lumières sont toute douces. Je suis chez moi, je me sens en sécurité et entourée d’amour.

Je suis confiante. J’ai confiance en moi, en Nico, en Julia, en Virginie, et surtout j’ai confiance en toi. J’ai patienté 4 longues années avant que tu naisses dans mon ventre. Tu es là, tu es forte, tu es motivée, toi et moi on forme une équipe au top !

 

J’ai envie de me glisser dans un bon bain chaud

Julia et Virginie ont apporté leur piscine d’accouchement, Nico est en train de rassembler tout ce qu’il faut pour la gonfler et la remplir. Il m’a dit qu’il partait chercher une pompe. Je ne sais pas où il est parti. Mais je ne m’en soucie pas vraiment.

Un petit problème surgit : je suis assise sous le jet de la douche en attendant la piscine quand l’eau devient froide… Apparemment notre chauffe-eau n’était absolument pas préparé au remplissage d’une piscine. Je quitte le milieu aquatique et je fais une croix sur le bain chaud…

 

Petit coup au moral, mais j’oublie vite.

On fait avec ce qu’on a.

Julia m’accompagne dans le salon. Oh ! Elles ont apporté le tabouret d’accouchement ! Je m’y assois, assez confiante. Je crois que cette position peut me convenir. La contraction suivante me jette littéralement et violemment par terre.
Non, je n’apprécie pas le tabouret d’accouchement.

Me voilà genoux par terre, bras et tête sur le canapé.

Je ressens la présence agréable de Virginie. Pourtant je ne l’ai pas vue de mes yeux. Je crois qu’ils ne peuvent plus vraiment regarder. Mes paupières me protègent de toute stimulation extérieure. Mon corps et mon esprit sont dans une bulle. Je suis dans un monde parallèle.

 

Je suis dans le flou

Je sommeille puis je crie. Je sommeille puis je crie. Je sommeille puis je crie.

Oh ! Ma tête et mes bras ont déménagé et ont trouvé un soutien confortable sur les genoux de virginie qui s’est installée par terre pour m’accompagner. Je dois lui faire mal à la serrer comme ça. Et ses pauvres oreilles aussi doivent souffrir de mes cris !

J’ai chaud. J’ai soif. Je parviens à l’exprimer. Nico prend soin de me tendre une tasse de tisane à chaque fois que j’en réclame. J’entrouvre un œil. J’ingère le liquide tiède. Ma bouche est toujours aussi sèche.

Ma bulle est floue. Mon monde ensommeillé est ponctué par d’intenses douleurs. Puis mon corps est secoué par une puissance inouïe avant de replonger dans la détente…

 

Ton papa a pris place sous ma tête.

Je tiens ses mains. Je ressens très fort son émotion. C’est bon. Il partage mes sensations.

Je dois le dire, l’impensable pensée s’est formulée un instant dans ma tête : « Pourquoi ai-je fait un enfant ? ».
Jamais je n’aurais cru que cela pouvait me traverser l’esprit… Mais l’intensité de ma douleur est si violente… Je crois que je vais mourir…

« Je vais mourir ».

« Fanny, souviens-toi, nous en avons parlé. Si tu ressens ça, c’est que c’est presque fini. Tu ne vas pas mourir. » : ce sont les mots, à quelque-chose près que me souffle Virginie. A moins que ce ne soit Julia ?

Et puis voilà que « ça pousse »

La douleur reste intacte dans mon ventre.

Mais cette irrémédiable envie de pousser se fait sentir. J’ai la présence d’esprit de me souvenir des conseils précieux pour préserver mon périnée et t’assurer une sortie en douceur : Je dois accompagner la poussée, et ne pas forcer.
Je me sens assez douée dans cette mission. J’accompagne précautionneusement ta tête, qui écartèle mon corps.

Mes vocalises prennent une autre couleur. Je suis surprise en m’entendant. On dirait les pleurs d’un nouveau-né…

 

Je continue à m’ensommeiller entre les vagues

Dans mon souvenir, cette phase de poussée est assez courte.

« On voit ses cheveux ! » « Tu y es presque, bravo Fanny, c’est super ce que tu fais. » « Sa tête est sortie. » « Nico, viens vite. »

Ton papa est très ému, je l’entends et je le sens.

 

Ma douleur s’éteint soudainement.

Me voilà à genoux par terre, ton petit corps humide dans mes bras.

Je suis secouée, je ne parviens pas à pleurer.

Je ressens le cordon.
Ce fil conducteur.
Ce canal qui va de toi à moi.
Cette longueur battante qui nous relie.
Je le sens très fortement.
Comme si mon cœur pouvait décrire son trajet, sa source, ses battements, précisément.

 

L’image de cet instant magique restera à jamais gravée dans ma mémoire :

Ta petite tête chevelue contre ma poitrine.
Ton papa ému qui m’embrasse.
Ce silence heureux.
Mon corps fier.
Ce cordon qui bat et qui nous lie.
Ma vie qui bascule.
Ce déluge d’amour qui m’envahit.

Et Julia et Virginie telles deux fées qui veillent sur nous.

Il est 23h12.

Deux pas plus tard, nous voilà confortablement allongés, tous les trois, petite famille, sur notre canapé-lit.

Le placenta ne tardera pas à s’expulser, sans problème.

Te voilà déjà bien décidée à téter.

 

Tu es là, accrochée à mon sein.

Tu es née tout naturellement, dans notre cocon, au coin du feu…

Mon bonheur est bien trop grand pour être écrit. Les mots existants sont trop faibles.

 

La nuit qui suit ta naissance, je ne parviens pas à trouver le sommeil.

Je ne peux pas te quitter des yeux, petite créature magnifique.

Je savoure la magie qui nourrit généreusement l’atmosphère du salon.
Puis j’admire le soleil qui vient nous inonder au petit matin…

Tous les trois, dans la chaleur de notre foyer, notre nouvelle vie commence…

 

Merci Nico.

Je savais la personne magnifique que tu es mais je n’imaginais pas à quel point tu serais un extraordinaire papa.

 

Merci ma petite luciole

Tu es à mes yeux le bonheur personnifié. Je suis honorée d’être ta maman.

Je n’ai pas les mots pour exprimer à quel point je suis heureuse de partager ma vie avec vous deux.

 

Merci Virginie et Julia

En grande partie grâce à vous, nous avons vécu la naissance de notre enfant comme nous en rêvions : tout naturellement et dans notre salon.
Sans vous ce récit qui à mes yeux scintille de magie serait bien différent…

 

Cette histoire est de loin la plus belle aventure de ma vie.
Sans aucune hésitation, je renouvellerai cette fabuleuse expérience si un jour je met un autre enfant au monde…

Photo de SeppH

 

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13 réflexions au sujet de « [Témoignage] La naissance de mon enfant dans mon salon…–AAD »

  1. Je suis si émue à la lecture du récit de ton accouchement 😉 tu écris si bien qu’on le vivrait presque en même temps que toi!
    C’était très beau!
    Ça donnerait presque envie d’y retourner. Ah flûte, c’est trop tard pour que je me mette à y réfléchir je crois…

  2. Pas moyen de m’empêcher de pleurer (d’émotion) Fanny en lisant ton récit tellement il est intense !! De l’humour, beaucoup d’intensité, une émotion incroyable et de la poésie…Un vrai bonheur…!
    Merci beaucoup pour ta générosité en nous faisant partager la plus belle aventure de ta vie…
    GROS BISOUS et beaucoup de bonheur à tous les trois :-*) <3

    1. Merci 🙂
      J’adore répandre les belles histoires…
      C’est important pour moi de dévoiler cette aventure qui prouve que donner naissance est avant tout une expérience magnifique dans la vie d’une femme. Et il est nécessaire de le croire pour que cela soit vrai pour soi !

  3. Waou. Un récit très émouvant et bien écrit. Merci pour ce partage d’expérience à la fois intime et personnel pour un acte universel. Si l’aventure m’arrive un jour, je penserai à toi c’est sur 🙂

  4. J’attendais LE récit avec impatience Mais je n’imaginais pas qu’il me bouleverserait à ce point…
    Tellement d’amour dans ces mots Et dans ces maux.
    Tu peux être fière ❤️

  5. Je termine la lecture de ce récit les larmes aux yeux. C’est tellement beau !!! ❤️
    Ta petite Luciole peut être fière de sa maman ! Et de son papa aussi…
    Bravo et Merci Fanny pour ce témoignage si précieux. Il prouve l’importance de la confiance en la Vie et en la Nature, cette confiance que tant de gens ont perdue, entraînés dans l’engrenage de la médicalisation.
    J’aime beaucoup cette image qui illustre ton article, à la fois si simple et si évocatrice 😉

  6. Je suis submergée par l’émotion à la lecture de ton récit, écrit avec beaucoup de talent et de sincérité !! Bravo Fanny ! 😊 Tu as su trouver les mots !
    Donner la vie est bien l’aventure la plus fabuleuse que la nature donne à vivre à une femme ! 💕

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